Huile de foie de morue et immunité

Le 18/02/2026 0

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Temps de lecture : 9 minutes / Mis à jour le 19 février 2026

Image de présentation - Huile de foie de morue et immunité - Jérôme Caradec - Diététicien nutritionniste

Longtemps redoutée pour son goût prononcé, l’huile de foie de morue refait surface dans les rayons santé. Ce remède ancestral, autrefois imposé aux enfants pour « fortifier les os », revient aujourd’hui auréolé d’une réputation d’allié de l’immunité.

Entre tradition populaire et redécouverte scientifique, cette huile issue des mers froides intrigue autant qu’elle séduit. Derrière son image d’antan se cache un concentré de nutriments essentiels qui suscite un regain d’intérêt à l’heure où l’on cherche à renforcer naturellement ses défenses.

Mais avant de lui redonner une place dans nos routines bien‑être, encore faut‑il comprendre ce qu’elle contient vraiment, ce qu’elle peut apporter… et dans quelles limites.

1/ C'est quoi l'huile de foie de morue ?

Avant d’être un complément alimentaire à la mode, l’huile de foie de morue est d’abord une histoire de mer, de tradition et de science.

Dans la cuisine européenne, le terme « cabillaud » désigne le poisson lorsqu’il est consommé frais ou surgelé, tandis que la « morue » fait référence à ce même poisson une fois salé et séché. Au Québec et dans le Canada francophone, le mot « cabillaud » n’est pas utilisé : on parle simplement de « morue », qu’elle soit fraîche, surgelée ou transformée. En anglais, un seul mot, cod, sert à désigner à la fois la morue et le cabillaud. Ainsi, le cabillaud est appelé cod ou cod fish, et l’huile extraite de son foie porte le nom de cod liver oil. Le terme « morue » (et non « cabillaud ») est aussi utilisé dans l'appellation de l’huile de foie de morue. Ça y est, je vous ai perdu avec mes histoires de « morue » et de « cabillaud » ! 

  • Fabrication

Les foies sont cuits à la vapeur, puis pressés et décantés pour en extraire l’huile. À la différence de l’huile de foie de morue, les huiles de poisson sont obtenues à partir du corps entier des poissons, généralement lors de la fabrication des farines de poisson. Bien qu’elles puissent sembler similaires, leur composition chimique varie : les huiles de poisson renferment des quantités nettement moindres de vitamines A et D que l’huile de foie de morue.

  • Odeur et goût

De couleur jaune clair à doré, l’huile de foie de morue a longtemps été connue pour son goût et son odeur très forts de poisson. Avant les techniques modernes de purification, elle était souvent difficile à avaler, surtout pour les enfants à qui on en donnait pour rester en bonne santé. Son goût prononcé est resté célèbre dans la mémoire collective comme un « mauvais souvenir » d’enfance. Aujourd’hui, grâce aux procédés de raffinage et de désodorisation, l’huile est beaucoup plus douce, presque neutre en goût et en odeur.

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Publicité pour l’huile de foie de morue datant de 1914


 

Ça vous dit une course de barques à Tübingen, en Allemagne ?

Une fois par an, le spectacle paisible des barques en bois glissant tranquillement sur le Neckar se transforme en un spectacle saisissant. Plus de quarante barques, chacune manœuvrée par huit personnes, se serrent les unes contre les autres, attendant le signal de départ de la course de barques. Le jour de la Fête-Dieu, vers 14 heures, la rivière de Tübingen se remplit soudainement d'une foule immense pendant une bonne heure. La course de barques commence, offrant l'un des spectacles les plus drôles et les plus excentriques du calendrier des événements de Tübingen. Une heure plus tôt, vers 13 heures, tous les équipages rivalisent d'originalité et d'humour lors du « Défilé des costumes », un événement incontournable pour son divertissement exceptionnel, récompensé par un prix. Un trophée et un fût de bière sont remis au vainqueur, tandis que les costumes les plus créatifs sont récompensés par un cochon de lait. Les perdants doivent relever un défi de taille : boire un demi-litre d’huile de foie de morue devant le public, sous les applaudissements enthousiastes des spectateurs – un des moments forts du festival qui transforme les perdants en gagnants cachés. Pendant que les gagnants s’offrent la bière gratuite pour la soirée festive, les derniers doivent se débrouiller seuls.

Kostümparade vor dem Rennen mit vielen Zuschauern (2012)

2/ Les bienfaits sur l'immunité

L’huile de foie de morue n’est pas qu’un souvenir d’enfance au goût redouté : c’est un véritable allié du système immunitaire. Sa richesse exceptionnelle en vitamines D et A et en acides gras oméga-3 en fait un concentré naturel de défenses pour l’organisme.

2-1/ La vitamine D

L’huile de foie de morue est l’une des sources alimentaires les plus riches en vitamine D. Les besoins quotidiens en vitamine D pour un adulte sont estimés à 15 µg par jour. Une cuillère à café d’huile de foie de morue (environ 5 ml) apporte 12,5 µg, couvrant près de 85 % des besoins journaliers.

La vitamine D est une molécule liposoluble appartenant à la famille des stéroïdes. Elle joue un rôle essentiel dans le bon fonctionnement du système immunitaire, en particulier au niveau des voies respiratoires.

⇒ Action sur l’immunité innée

La vitamine D renforce les défenses naturelles de la muqueuse respiratoire.

  • Elle stimule la production de peptides antimicrobiens, comme la cathélicidine, capables de détruire directement les agents infectieux (bactéries, virus, champignons). Cet axe vitamine D–cathélicidine constitue un mécanisme clé de protection contre les infections respiratoires.
  • Elle agit aussi sur la voie NF‑κB, un système de régulation de l’inflammation. Dans les cellules épithéliales des voies respiratoires, elle favorise la production d’IκBα, une molécule qui inhibe le NF‑κB et réduit l’expression des gènes pro‑inflammatoires lors d’une infection virale. Ce mécanisme protège les tissus pulmonaires contre les dommages liés à une inflammation excessive.

⇒ Action sur l’immunité adaptative

La vitamine D module également la réponse immunitaire adaptative :

  • Elle inhibe l’activité des cellules Th1, responsables de la production de cytokines pro‑inflammatoires (IL‑2, IL‑6, INF‑γ).
  • Elle favorise l’action des cellules Th2, qui produisent des cytokines anti‑inflammatoires.
  • Elle stimule les lymphocytes T régulateurs, qui contribuent à maintenir l’équilibre du système immunitaire et à éviter les réactions excessives.

Ainsi, la vitamine D aide l’organisme à réagir efficacement contre les infections tout en limitant l’inflammation.

En résumé, la vitamine D agit comme un régulateur essentiel de l’immunité : elle renforce les défenses naturelles, équilibre la réponse immunitaire et limite les réactions inflammatoires, contribuant ainsi à la protection globale de l’organisme. 

 

« Une cuillère à café d'huile de foie de morue couvre près de 85 % des besoins quotidiens en vitamine D d'un adulte »

 

2-2 / La vitamine A

L’huile de foie de morue est naturellement riche en vitamines A. 

La vitamine A, ou rétinol, est une vitamine liposoluble essentielle au bon fonctionnement du système immunitaire. Si elle est surtout connue pour son rôle dans la vision et la santé de la peau, elle intervient également dans la protection des muqueuses et la régulation des réponses immunitaires.

Dès le début du XXe siècle, les premières recherches ont montré qu’une carence en vitamine A entraînait une atrophie du thymus et une diminution des cellules immunitaires, rendant les animaux plus vulnérables aux infections. Depuis, de nombreuses études ont confirmé que cette vitamine joue un rôle clé dans la prévention des infections respiratoires, digestives et cutanées.

⇒ Un rôle protecteur sur les muqueuses

La vitamine A contribue à maintenir l’intégrité des tissus épithéliaux, notamment ceux des voies respiratoires et digestives. Ces tissus constituent une barrière physique et immunitaire contre les agents pathogènes. En cas de carence, cette barrière s’affaiblit : les muqueuses deviennent plus perméables, favorisant la pénétration des microbes et l’apparition d’infections.

Chez l’enfant, un apport suffisant en vitamine A aide à réduire la fréquence des infections respiratoires récurrentes, à limiter l’inflammation et à favoriser la réparation de l’épithélium après une infection.

⇒ Une action sur l’immunité intestinale

La vitamine A influence également le microbiote intestinal, un acteur majeur de l’immunité. Un déficit en vitamine A peut réduire la diversité bactérienne et déséquilibrer la flore intestinale, augmentant la susceptibilité aux infections digestives. Elle agit aussi sur certaines cellules immunitaires intestinales (ILC3), essentielles pour la défense contre les agents pathogènes et le maintien de l’équilibre immunitaire local.

⇒ Une modulation des réponses immunitaires

  • La vitamine A participe à la maturation et à la différenciation des lymphocytes T et B, cellules clés de l’immunité adaptative.
  • Elle favorise la production d’immunoglobulines A (IgA), anticorps essentiels à la protection des muqueuses.
  • Elle régule l’équilibre entre les réponses Th1 et Th2, évitant les réactions inflammatoires excessives.
  • La vitamine A participe à la restauration de la production d’anticorps spécifiques après exposition à un antigène.

⇒ En résumé

La vitamine A agit à plusieurs niveaux :

  • elle protège les muqueuses respiratoires et digestives ;
  • elle soutient la diversité du microbiote intestinal ;
  • elle stimule la production d’anticorps et équilibre les réponses immunitaires.

Un apport insuffisant fragilise les défenses naturelles et augmente la sensibilité aux infections.

Attention à l’excès de vitamine A

La vitamine A est essentielle au bon fonctionnement du système immunitaire. Cependant, une consommation excessive de vitamine A peut entraîner une hypervitaminose A, responsable d’effets aigus, chroniques ou tératogènes (c’est‑à‑dire provoquant des malformations congénitales).

La toxicité aiguë survient après l’ingestion de fortes doses en peu de temps et se manifeste par des nausées, maux de tête, vertiges, irritabilité et troubles visuels. La toxicité chronique, liée à une exposition prolongée, provoque une sécheresse cutanée, perte de cheveux, douleurs osseuses, hépatomégalie et troubles métaboliques. Chez la femme enceinte, un excès de vitamine A peut entraîner de graves malformations congénitales (atteintes du système nerveux central, anomalies craniofaciales et cardiaques). Son utilisation est donc déconseillée chez la femme enceinte sans recommandation médicale spécifique.

Les compléments riches en vitamine A, comme l'huile de foie de morue, ne doivent jamais être pris sans avis médical. Avant toute supplémentation, il est essentiel de consulter un professionnel de santé afin d’évaluer les besoins réels et d’éviter tout risque de surdosage.

2-3 / Les oméga-3

Les oméga‑3 constituent une famille d’acides gras essentiels impliqués dans de nombreuses fonctions de l’organisme. Parmi eux, le DHA et l’EPA jouent un rôle clé dans le bon fonctionnement du système immunitaire. Ce sont précisément ces deux acides gras que l’on retrouve dans l’huile de foie de morue.

⇒ Des régulateurs de la réponse immunitaire

Les acides gras oméga‑3 (ALA, EPA, DHA) exercent une influence majeure sur la régulation du système immunitaire et l’expression génique liée aux réponses inflammatoires. Les approches nutrigénomiques et nutriépigénomiques mettent en évidence leur capacité à moduler les voies de signalisation impliquées dans l’immunité et à réduire l’inflammation chronique.

En s’intégrant aux membranes des cellules immunitaires, les oméga‑3 améliorent leur fluidité et la communication intercellulaire, tout en modulant des facteurs de transcription clés tels que NF‑κB et PPAR‑γ. Cette action se traduit par une diminution de la production de cytokines pro‑inflammatoires (TNF, IL‑6, IL‑18) et une stimulation de médiateurs lipidiques pro‑résolutifs (résolvines, protectines), favorisant la résolution de l’inflammation et le retour à l’homéostasie tissulaire.

Leurs effets s’étendent à plusieurs cellules du système immunitaire – lymphocytes T, cellules B, macrophages et neutrophiles – contribuant à la prévention des déséquilibres immunitaires et des maladies inflammatoires chroniques.

Ainsi, les acides gras oméga‑3 apparaissent comme des modulateurs essentiels de l’immunité et contribuent à mieux contrôler l’inflammation, à renforcer les défenses naturelles et à maintenir l’équilibre du système immunitaire, tout en soutenant la santé générale.

3/ Comment choisir son huile de foie de morue ?

Toutes les huiles de foie de morue ne se valent pas. La qualité dépend à la fois de la provenance du poisson, du procédé d’extraction et des contrôles réalisés. Pour bénéficier de ses bienfaits sans risque, il est important de prêter attention à plusieurs critères.

1. L’origine du poisson

Choisissez une huile issue de pêche sauvage et durable.

2. Le mode d’extraction

Privilégiez une huile extraite à froid, sans solvants chimiques. Ce procédé préserve les vitamines A et D ainsi que les acides gras oméga‑3, sensibles à la chaleur.

3. La pureté et la sécurité

Assurez‑vous que l’huile soit garantie sans contaminants : métaux lourds, dioxines, PCB. Les fabricants sérieux publient souvent des analyses de contrôle qualité.

4. Le conditionnement

Optez pour un flacon en verre opaque, qui protège l’huile de la lumière et de l’oxydation. Après ouverture, conservez‑la au réfrigérateur et consommez‑la rapidement.

5. La forme et le goût

Préférez la forme liquide traditionnelle.

En respectant ces critères, vous profiterez pleinement des bienfaits de l’huile de foie de morue tout en garantissant sa qualité et sa sécurité.

Conclusion

L’huile de foie de morue, longtemps associée à un souvenir d’enfance au goût redouté, retrouve aujourd’hui toute sa légitimité dans une approche moderne de la santé. Derrière son image d’antan se cache un véritable concentré de vitalité : un équilibre rare entre vitamines A et D, acides gras oméga‑3 et tradition maritime. Ces nutriments agissent en synergie pour soutenir le système immunitaire, protéger les muqueuses, réguler l’inflammation et renforcer les défenses naturelles de l’organisme.

Mais comme tout trésor nutritionnel, elle demande discernement et mesure. Sa richesse exceptionnelle impose de respecter les doses et de choisir une huile de qualité, pure, issue de pêche durable et extraite à froid. C’est à cette condition qu’elle révèle pleinement ses bienfaits, sans risque de surdosage ni perte de ses propriétés.

Loin d’être un simple complément, l’huile de foie de morue incarne une alliance entre tradition et science, entre mer et santé. Elle rappelle que la nutrition, lorsqu’elle s’appuie sur la nature et la connaissance, peut devenir un véritable levier de prévention et d’équilibre.

Redécouvrir l’huile de foie de morue, c’est renouer avec une sagesse ancienne, celle qui invite à prendre soin de soi avec simplicité, respect et justesse. Dans un monde où l’immunité est plus que jamais au cœur des préoccupations, elle demeure une alliée précieuse — à condition de la choisir avec exigence et de l’utiliser avec conscience.

Jérôme Caradec - Diététicien nutritionniste

Un article rédigé par Jérôme Caradec - Diététicien nutritionniste.

« Une meilleure vie pour une meilleure alimentation »

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