Partout dans le monde, le repas partagé est un rituel sacré. Il rassemble, apaise, relie. Autour d’une table, les différences s’effacent : on parle, on rit, on se confie. Ce moment de convivialité nourrit autant le cœur que le corps.
Partager un repas, c’est offrir une part de soi. C’est dire : je suis là, avec toi. Ces instants de lien sont essentiels à l’équilibre émotionnel. Ils réduisent le stress, renforcent le sentiment d’appartenance et rappellent que la santé ne se vit pas seul.
Le World Happiness Report 2025 confirme cette intuition : partager ses repas avec d’autres favorise le bonheur et renforce les liens sociaux, deux piliers essentiels du bien-être global. Les repas pris en commun sont associés à une meilleure santé mentale, à une plus grande satisfaction de vie et à une cohésion sociale renforcée.
3-1 / Un indicateur universel et objectif du lien social
Les chercheurs ont voulu dépasser les limites des mesures subjectives du lien social, comme le sentiment d’appartenance ou la proximité émotionnelle, souvent difficiles à comparer entre individus, cultures ou époques. Leur idée : utiliser le nombre de repas partagés comme indicateur concret, universel et stable dans le temps.
Manger ensemble est un rituel social interculturel, pratiqué chaque jour par des millions de personnes. Contrairement aux perceptions de la solitude ou de la sociabilité, qui varient selon les contextes, le fait de partager un repas est un comportement observable et comparable, quelle que soit la culture. C’est un peu comme la question utilisée pour mesurer le capital culturel : « Combien de livres y avait-il chez vous quand vous aviez 16 ans ? » De la même manière, le nombre de repas partagés devient un indicateur fiable du capital social d’une personne.
150 000 personnes dans 142 pays et territoires ont répondu à deux questions simples :
« Combien de jours, au cours des sept derniers, avez-vous déjeuné avec quelqu’un que vous connaissez ? »
« Combien de jours avez-vous dîné avec quelqu’un que vous connaissez ? »
Ces données constituent le premier ensemble mondial sur l’alimentation sociale, permettant de comparer les habitudes de repas à travers les cultures et les générations.
3-2 / Partager des repas à travers le monde
Il existe des différences régionales marquées dans la fréquence du partage des repas. Dans certaines régions du monde, le repas reste un moment collectif incontournable, tandis que dans d’autres, les repas solitaires deviennent la norme.
L’Amérique latine et les Caraïbes se distinguent comme les champions mondiaux du repas partagé. Les habitants y prennent en moyenne neuf repas par semaine en compagnie d’autres personnes. À l’autre extrémité du classement, l’Asie du Sud affiche moins de quatre repas partagés par semaine, un chiffre particulièrement bas.
Ces différences ne s’expliquent pas uniquement par le revenu, l’éducation ou l’emploi. Elles traduisent surtout des modes de vie, des rythmes de travail et des valeurs sociales distinctes.

Derrière ces tendances régionales se cachent de forts contrastes entre pays.
Le Sénégal arrive en tête du classement mondial, avec 11,7 repas partagés par semaine, suivi de la Gambie, la Malaisie et le Paraguay (environ 11 repas). En bas de la liste, le Bangladesh et l’Estonie ferment la marche, avec 2,7 repas partagés par semaine.
Concernant les déjeuners et les dîners, les tendances générales restent cohérentes :
- Le Sénégal et la Gambie conservent leur position de tête.
- L’Islande se hisse à la deuxième place mondiale pour les dîners partagés.
- Les pays du Moyen-Orient (Iran, Maroc) se distinguent par leurs déjeuners collectifs.
- Dans les pays anglo-saxons (États-Unis, Canada, Australie, Nouvelle-Zélande), les habitants dînent ensemble plus souvent qu’ils ne déjeunent ensemble, avec environ cinq dîners partagés par semaine, soit plus du double de la fréquence observée en République de Corée, au Japon ou en Mongolie.

L'analyse par âge montre que les jeunes partagent davantage de repas que les personnes plus âgées, et ce, dans presque toutes les régions du monde. Cette différence générationnelle éclaire les variations de bien-être au fil de la vie : les jeunes, plus actifs socialement, multiplient les occasions de repas collectifs, tandis que les personnes âgées, souvent plus isolées, en partagent moins.
En revanche, aucune différence significative entre les sexes n’a été observée. Hommes et femmes déclarent un nombre similaire de repas partagés par semaine, quelle que soit la région du monde. Ces résultats confirment que le genre n’influence pas la fréquence du partage des repas.
En somme, le partage des repas reflète à la fois les structures sociales, les dynamiques culturelles et les transformations démographiques des sociétés contemporaines.
3-3 / Le bien-être et le bonheur
Partager ses repas avec d’autres est étroitement lié au bien-être et au bonheur. Les personnes qui mangent régulièrement en compagnie d’autres personnes se disent plus satisfaites de leur vie, plus sereines et plus positives que celles qui mangent seules. Partager un repas, c’est bien plus qu’un moment pour se nourrir : c’est un espace de lien, d’échange et de convivialité. Ces moments renforcent la cohésion sociale, favorisent la confiance et réduisent le sentiment de solitude.
Les chercheurs observent que le bien-être augmente progressivement à mesure que les repas partagés deviennent plus fréquents. Même sans changement majeur dans la vie quotidienne, le simple fait de manger ensemble contribue à une meilleure humeur et à une plus grande stabilité émotionnelle. Ainsi, le repas partagé agit comme un véritable moteur de bonheur, rappelant que la convivialité et la présence des autres sont essentielles à une vie équilibrée et épanouie.